Monsieur Abdi Ibrahim Absieh, Ministre de l'Education

Monsieur ABDI IBRAHIM ABSIEH, Ministre de l'Education Nationale et de l'Enseignement Supérieur

 

La lettre du Ministre de l'Education

La volonté du chef de l’Etat de provoquer un forum d’idées et de concertations sur le thème de l’école, notamment à travers la tenue des Etats Généraux de L'Education, constitue de toute évidence une illustration concrète d’un effort de mobilisation effective de la société civile et des partenaires sociaux de cette institution, qui seront donc appelés ainsi à exercer, et pour la première fois, les droits d’interpeller le fonctionnement et les prestations d’un service public caractérisé par l’inefficacité de ses réponses face à la demande qualitative et quantitative de la collectivité nationale en matière d’enseignement et de formation.
Il ne serait pas inopportun de rappeler que la convocation prochaine de ces journées de réflexion, dans un domaine hautement stratégique et aussi crucial pour l’avenir de notre jeunesse, trouve son ancrage et sa légitimité dans les préoccupations majeures du plus haut magistrat de l’Etat, matérialisées déjà dans son programme de candidat aux dernières élections, et exprimées de façon ostentatoire à l’occasion justement de son entretien avec le corps enseignant.
Il convient de reconnaître que le fondement de notre système scolaire repose en effet sur une conception de l’éducation de l’homme inspirée par les philosophies du siècle des lumières, et donc de modèles de fonctionnement enfantés par l’intelligentsia européenne, et élaborés pour des sociétés issues de civilisations gréco-latines.
A quelques saupoudrages près, il n’a donc pas subi de modifications substantielles avec une architecture scolaire distribuée selon le schéma établi à l’époque coloniale, d’où son caractère décontextualisé.
Il s’agira ainsi d’interpeller les multiples facettes d’un système que le comité préparatoire estime traversé par une crise tridimensionnelle : crise de valeurs - crise de finalités - et crise identitaire.

  • Crise de valeurs : l’école ne prend pas en charge les valeurs nourricières de notre identité nationale,
  • Crise de finalités : système foncièrement désajusté aux besoins socio-économiques du pays,
  • Crise identitaire : architecture scolaire distribuée sur la base de modèles transplantés.

C’est pourquoi les objectifs essentiels des Etats généraux devront baliser les itinéraires permettant d’asseoir les bases d’un cadre de références et d’actions, de structures éducatives rénovées et adaptées à la fois aux exigences d’une économie moderne génératrice de croissance durable, et capable de s’intégrer effectivement dans un environnement régional et international placé plus que jamais dans le sillage de la mondialisation.
Il faudra donc analyser sans passion, la situation scolaire, les erreurs passées, les imperfections, les dysfonctionnements, c’est à dire se donner les moyens de les éviter à l’avenir. Alors que le temps presse, il conviendra de faire preuve de beaucoup de sérénité et de lucidité pour rompre avec des modèles figés et inopérants.

N’est- ce- pas là, l’exercice d’une citoyenneté librement exprimée ?

Le Ministre de l’Education Nationale

ABDI IBRAHIM ABSIEH