Retour à la page d'accueil         N° 28
Editorial Le bon choix Réforme de programme de l'enseignement fondamental

Archives:
Bulletin N° 26,27, ...


Des ouvrages en langues nationales

Entretenir les langues nationales dans ce mouvement de mondialisation est chose très peu aisée. Les langues dominantes s’acharnent entre elles à travers la technologie qui ne cessent d’être leur terrain de prédilection de cette ère de l’information.

Quelle place peuvent alors avoir les langues africaines ? Quel rôle jouent-elles avec les langues officielles héritées de la colonisation ? Comment peuvent-elles être enseigner à l’école ?

C’est à travers de ces remue-méninges que ceux auteurs djiboutiens présente cette année scolaire 2002-2003 deux ouvrages destinés à l’enfant djiboutien, l’un en langue somalie et intitulé « Suugaanta iyo Carruurta » de Omar Daher Abdi ; l’autre en langue afare et au titre similaire : « Gad kee Urru » de Mohamed Hassan Kamil.

Les deux livres, destinés aux enfants contiennent des contes, des comptines et des phrases linguistiques pour l’entraînement de la langue.

Qui sont ces auteurs ?

Omar Daher Abdi dit « Cumar kuul » est né en 1967 à Ali Adde dans le district d’Ali-Sabieh. Il a fait ses études à Ali Adde puis à Ali-Sabieh. En 1984, il a commencé une formation d’instituteur au CFPEN. Puis il a été enseignant tour à tour à Dikhil, à Gorabouss et à Djibouti. Il est actuellement détaché au ministère de la communication et de la culture pour la mise en place de la future école de musique. Suugaanta iyo Carruurta est son premier recueil de poèmes. Omar Daher Abdi présente souvent ses poèmes à la fameuse émission culturelle de la RTD Tixmaal.

Mohamed Hassan Kamil a suivi ses études primaires et secondaires d’abord à Obock puis au lycée de Djibouti. Après avoir obtenu son baccalauréat (série lettres), il a poursuivi des études universitaires jusqu’en DEUG à Djibouti. Très jeune, il prend part à la vie associative notamment au sein de l’Union pour le Développement Culturel (UDC), doyenne des associations nationales. Très tôt, passionné des langues nationales et particulièrement de l’afar qui est sa langue maternelle, Mohamed Hassan Kamil s’attelle en la matière à l’aspect relatif à la grammaire et au lexique mais aussi à la collecte et à la transcription de la tradition orale en perdition. Il est membre du bureau exécutif de l’UDC où il assume aussi la responsabilité de la commission des langues.

Quand avez-vous commencé à écrire en langue nationale ?

L’émission Tixmaal a incité Omar Daher Abdi à se focaliser sur la littérature enfantine et donc de coucher sur le papier des comptines. Partant du besoin qui émane du terrain, en tant qu’instituteur, en tant que parent mais aussi en tant que simple observateur de la vie quotidienne, il a élaboré le premier jet de ce livre en trois mois à Harar, pendant les grandes vacances scolaires 1999.

De son côté Mohamed Hassan Kamil nous dit : « Dès mon jeune âge, je suis initié à l’écriture de la langue afare par le regretté Ahmed Houssein Ibrahim, qui était instituteur, acteur et poète. Il était passionné de la culture. Ce dernier m’a suscité un intérêt particulier pour ma langue maternelle. Pour lui rendre hommage, je lui dédie ce recueil. J’ai commencé à écrire des poèmes et des chansons puis je rédigeais des articles pour la revue culturel « Maaqattà » qui signifie « le pas » et édité en Egypte par la ligue des Etudiants Afars au Caire mais je me suis attelé plus particulièrement à la recherche grammaticale et au lexique. J’ai travaillé avec la collaboration de Ahmed Malko Ahmed qui est chercheur, auteur et poète, des outils didactiques pour l’enseignement de la langue afare qui ne sont pas encore édités ».

Quelle sera la portée de ces ouvrages en langue nationales ?

Omar Daher Abdi pense que son livre est destiné à tous les enfants du monde parlant le somali, les enfants de 6 à 15 ans. Les 53 poèmes et comptines usent leur vocabulaire  et leur jeu et au second plan enseignent la culture et les bonnes habitudes. Cet apprentissage facilitera, selon lui, l’acquisition de la langue partenaire qu’est le français.

Etant la courroie de transmission de la culture orale, l’œuvre de Mohamed Hassan Kamil permettra, selon ses dires,  à l’enfant djiboutien de s’imprégner dès sa prime enfance son être à travers les contes et les exemples des anciens.

Pourquoi introduire ces ouvrages à l’école de base ?

Les deux auteurs affirment qu’à travers leurs ouvrages l’enfant sera amené à apprendre sa langues et sa culture en jouant , en chantant. Ainsi la mise en valeur des langues nationales dans l’enseignement s’avère nécessaire dans la cohésion et l’originalité de l’espace francophone.

Pour l’enfant djiboutien, l’apprentissage de l’afar et du somali, parallèlement à l’enseignement en langue française, lui ouvrira la voie de l’enrichissement intellectuel et de la compréhension mutuelle.

La vulgarisation des langues nationales à l’école répond à la demande et au constat d’échec du type de citoyen à préparer. Ainsi l’élaboration et la mise en place de nouveaux curricula de l’enseignement fondamental émanant des états généraux de l’Education Nationale font qu’au préalable il soit défini le type de djiboutien qu’on veut former.

Depuis l’indépendance, l’école djiboutienne connaît des mutations permanentes. Les méthodes remplacent les méthodes. Et de remise en question en remise en question, faire un état de lieu s’est  imposé. Des états généraux de l’Education Nationale s’est manifestée la nécessité d’apprendre à l’enfant qui il est et d’où il vient. Apprendre les langues nationales parut alors important. Il est évident que promouvoir ces langues n’est point mettre en question le français qui la langue de l’enseignement et du fonctionnement de la machine administrative.

Permettre à l’écolier djiboutien dans le cadre de sa francophonie de valoriser aussi les langues maternelles devient évident. Comme il est clair que la majorité des pays francophones vivent une situation de multilinguisme comme Djibouti, le rattachement au Réseau International des Langues Africaines et Créoles (Rilac) qui regroupe des Instituts des langues encouragera l’édition des manuels en langues nationales et des programmes d’apprentissage. Ainsi nul ne doute que la conservation, l’harmonisation du somali et de l’afar et leur utilisation concrète dans cette ère de l’information donneront une autre dimension aux programmes élaborés par le CRIPEN et les institutions partenaires du MENESUP.

En attendant Omar Daher Abdi et Mohamed Hassan Kamil proposent à travers leurs ouvrages, une façon de travailler le somali et l’afar avec l’enfant djiboutien aussi bien à l’école qu’à la maison. Le CRIPEN, en collaboration avec l’Institut des Langues de Djibouti (I.L.D.), prépare un guide du maître pour ces ouvrages.

 

Idris Yousouf ELMI
Directeur de l’I.L.D.

 

Archives:
Bulletin N° 26,27, ...