Nouvelle école djiboutienne : 

Allocution du Ministre de l’Education Nationale et de l'Enseignement Supérieur pour la rentrée scolaire 2002/2003

DJIBOUTI (ADI)- 2 septembre

« Comme d’habitude chaque année, à l’occasion de la rentrée scolaire, je m’adresse à vous ce soir, pour vous parler d’éducation.

Cette année, la rentrée scolaire va revêtir un caractère nouveau, car placée sous le signe de la nouvelle école djiboutienne.

Hasard ou coïncidence peut-être, en tout cas, après 25 années d’Indépendance de notre pays, événement historique que nous avons fêté comme il se doit le 27 juin dernier, et à la veille de la célébration du 10ème anniversaire de la Constitution de la République, l’Education Nationale va connaître à son tour un événement capital, qui marquera son entrée dans une ère nouvelle, l’ère du lancement de la nouvelle réforme, c’est à dire celle de la mise en place d’un nouveau système éducatif, résultant de la concrétisation des recommandations des Etats Généraux de l’Education.

Ce nouveau système éducatif se subdivise en fait en trois niveaux d’enseignement :

- le niveau premier est celui de l’Enseignement Fondamental, obligatoire et gratuit de neuf ans, destinés aux enfants, filles et garçons, de 6 à 16 ans.

- le niveau deux, c’est celui de l’Enseignement Secondaire Général, et   Technique et Professionnel.

- Enfin, le niveau trois porte sur l’Enseignement Supérieur.

Je sais que toute nouveauté, tout changement, nécessite des explications, des clarifications, et nous en sommes pleinement conscients. C’est pourquoi je tiens à vous rassurer, Mesdames et Messieurs, que notre campagne d’information et de sensibilisation, lancée depuis l’année dernière par le CRIPEN va reprendre dans les jours qui viennent à travers les canaux des médias, mais aussi sur le terrain, et de plus près, dans les établissements scolaires.

L’année scolaire 2002/2003 sera donc l’année de la généralisation progressive, année par année, de l’Enseignement Fondamental, obligatoire et gratuit, et c’est justement là, à ce niveau d’enseignement, que se situe essentiellement toute la nouveauté de notre entreprise éducative.

En effet, nous quittons une organisation éducative pyramidale non obligatoire où l’école primaire constituait pour 70% des élèves la seule forme de scolarisation. Nous abordons un système garantissant à tout enfant une scolarité de qualité de neuf années.

Beaucoup d’entre vous, se posent des questions sur la nouvelle organisation, s’interrogent sur la suppression d’une année dans l’enseignement primaire. Je me dois d’attirer votre attention que la nouvelle école djiboutienne ne repose pas sur des soustractions ou des additions d’années mais sur un changement radical de perspective.

Au risque de me répéter, l’école djiboutienne passe d’un système de cycle cloisonné et hyper sélectif vers un enseignement de neuf années pour tous.

Par conséquent, il ne s’agit plus, à présent, de s’exprimer en termes de classe d’initiation ou CI, ou encore CP ou CE ou CM, mais plutôt en termes de première année, de deuxième, de troisième année, et ainsi de suite jusqu’à la neuvième année du fondamental. C’est pourquoi, je vous demande, Mesdames et Messieurs, de vous familiariser avec ces nouvelles appellations qui doivent maintenant entrer dans votre langage courant.

Par ailleurs, par obligation, il faut entendre que les parents sont désormais obligés d’amener leurs enfants, filles et garçons, à l’école ; et l’Etat quant à lui s’engage obligatoirement à les scolariser pendant neuf ans sans exclusion. C’est important de le noter, car c’est là que se focalisent tous les efforts du Gouvernement de la République, à commencer par le Chef de l’Etat, Son Excellence le Président de la République, Monsieur Ismaïl Omar Guelleh.

Ainsi, l’élève de la première génération, âgé de 6 ans, qui va entrer en première année de l’enseignement fondamental cette année, ne sera plus exclu du système pendant neuf ans, c’est à dire jusqu’à l’âge de 16 ans.

Il n’y aura plus, à terme, ce que nous avons l’habitude d’appeler l’examen d’entrée en 6ème.

Ce concours sera supprimé en juin 2007 lorsque les enfants inscrits en première année en septembre 2002 arriveront à la fin de la cinquième année, et l’admission d’une classe à l’autre se fera par test de niveau, avec possibilité de redoublement bien entendu. De même, les élèves, en fin de cinquième année, auront le choix soit de suivre un enseignement moyen général soit un enseignement technique et professionnel moyen dans les centres d’apprentissages comme je l’ai signalé tout à l’heure.

Vous conviendrez, Mesdames et Messieurs, que les acquisitions de connaissances ne se mesurent pas en termes de quantité mais plutôt de qualité, ou encore en termes de capacités et de compétences.

C’est donc dans cette optique que nous avons travaillé. En réalité, nous nous sommes inspirés de l’expérience des pays du Sud, ainsi que des recommandations des instances internationales comme par exemple la Banque Mondiale, l’Unesco, l’Unicef, la Confemen, l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie qui, dans le cadre d’une éducation pour tous et de qualité, suggèrent de mettre l’accent sur les apprentissages de base, afin de doter les élèves de savoirs ,savoir-faire, savoir-être fondamentaux qui leur soient utiles plus tard dans la vie active.

Ainsi, les nouveaux programmes d’enseignement ont été conçus et expérimentés dans les classes par des enseignants au sein du CRIPEN. Ces programmes s’articulent, autour d’une nouvelle approche de définition d’objectifs, de compétences et des contenus d’enseignement : l’approche par les compétences.

Cela consiste en fait, au delà des apprentissages habituels à rendre les élèves capables de savoir lire, écrire et compter et les rendre aptes à résoudre des situations-problèmes de la vie courante afin de s’intégrer dans la vie active, en contribuant au développement économique, social et culturel du pays. Nous avons estimé que cette option s’inscrit parfaitement dans le cadre des finalités et objectifs de notre système, comme le stipule la nouvelle loi.

Voilà donc la réponse à vos interrogations.

Seulement, attention, je le dis haut et fort, et je vous demande de bien comprendre la situation que nous allons connaître pendant quelques années encore dans le processus d’implantation de la nouvelle réforme. C’est en fait une question de génération. Qu’est ce que cela veut dire ?

Cela veut dire que les générations de l’année passée, les générations anciennes autrement dit, elles suivront quant à elles, leur parcours scolaire habituel, selon l’ancien système qui restera en vigueur jusqu’à son épuisement total. Ces générations connaîtront donc encore ce concours d’entrée en 6ème auquel je viens de faire allusion.

Par gratuité, il faut comprendre que les parents d’élèves n’auront pas à payer les frais d’écolage; mais attention, gratuité ne signifie pas que les parents n’auront plus rien à débourser. Au contraire, nous continuerons à leur demander, comme à l’accoutumée, une contribution pour la location des manuels scolaires, et l’entretien de l’école et les activités éducatives, culturelles et sportives extra-scolaires. Nous trouvons que cette contribution amène les parents à s’impliquer davantage dans la gestion de l’école et dans la vie scolaire de leurs enfants. Nous projetons d’ailleurs, de créer un partenariat efficace et durable entre l’école et la communauté, afin d’améliorer le milieu et l’environnement de l’école.

Cela dit, pour revenir à la rentrée scolaire, et je m’exprime en termes de nouvelles appellations, je précise que le mardi 3 septembre 2002, ce sont environ 56300 élèves au total qui prendront le chemin de l’enseignement fondamental, dont un peu plus de 43.300 dans l’enseignement primaire de base, et environ 13.000 dans l’enseignement moyen.

Parmi l’effectif de l’enseignement primaire de base, la première génération d’enfants, nouvellement inscrits cette année, et qui va suivre le parcours obligatoire de l’enseignement fondamental, s’élève à plus de 8.100. Je souligne que l’effectif de nouveaux inscrits va toujours en augmentant comme nous l’avions prévu dans notre schéma directeur, et que par obligation d’accueillir ces nouveaux entrants, conformément à notre plan d’action, nous avons créé pour cette année 107 nouvelles salles de classes sur l’ensemble du pays, soient 5350 nouvelles places.

Dans le Secondaire Général, et Technique et Professionnel, ce sont environ 4.850 élèves qui vont aller vers les Lycées, dont 3.600 vers les lycées d’enseignement général, à Djibouti comme dans les districts, et 1.250 vers le LIC et établissements d’enseignement technique et professionnel.

J’aimerais vous dire aussi que dans l’Enseignement Secondaire Général, le programme reste inchangé, et nous nous alignons toujours sur le programme du Ministère Français de l’Education, afin de maintenir la validation de notre Baccalauréat djiboutien.

Enfin, dans l’Enseignement Supérieur, dont la rentrée universitaire est fixée au 1er octobre 2002, ce sont environ 1.000 étudiants qui seront accueillis au Pôle Universitaire de Djibouti.

Parmi les nouveautés du Pôle, sachez que cette année, après les DEUG, nous ouvrons des niveaux Licence. Ainsi, les étudiants, titulaires d’un DEUG, auront la possibilité de préparer les 5 Licences suivantes : Lettres-Modernes, Mathématiques, Droit, Economie-Gestion et Histoire, option archiviste-documentaliste. Là aussi, permettez-moi de vous dire, que nous avançons à grand pas vers la création de notre Université djiboutienne.

Pour continuer dans les nouveautés, je me réjouis aussi de vous annoncer que l’année scolaire 2002/2003 sera aussi l’année de la mise en œuvre du nouvel organigramme du Ministère, qui met l’accent sur la Pédagogie pour un meilleur suivi du système sur le plan de la qualité.

Je voudrais signaler également la création d’un Service de l’Enseignement privé, du Partenariat et de l’Education non Formelle, qui nous permettra à dynamiser le secteur privé.

Pour parler des enseignants, je tiens à vous dire que la situation au niveau de l’enseignement moyen et du secondaire général et technique est telle, que faute d’enseignants djiboutiens, nous sommes contraints encore à faire appel à des enseignants étrangers. Ce problème nous préoccupe beaucoup, bien entendu, car les étudiants en fin d’études à l’extérieur, sur lesquels nous comptions, ne rentrent pas tous au pays. Cette année, afin de diversifier la coopération Sud-Sud, nous avons fait appel à une quarantaine d’enseignants tunisiens qui seront bientôt à leur poste.

Une autre information utile à savoir, c’est que le corps d’inspecteurs pour les niveaux moyen et secondaire général, au nombre de six, en formation l’année dernière, seront opérationnels sur le terrain, dès cette rentrée.

Après cet exposé, vous conviendrez qu’en très peu de temps, nous avons réalisé beaucoup de choses, n’est-ce pas ! A vous de nous juger toujours ! mais je voudrais quand-même rajouter que toute cette entreprise n’aurait pas eu lieu sans la volonté, l’engagement et le soutien de Son Excellence, le Président de la République qui a fait de l’éducation, le secteur prioritaire de son Gouvernement, et qui nous encourage toujours à aller de l’avant, malgré le contexte économique et financier difficile du pays.

Enfin pour terminer, je demande aux parents d’élèves leur collaboration à l’œuvre éducative, et à la réussite de la nouvelle école djiboutienne.
Je souhaite donc, à toute et à tous une bonne rentrée scolaire et universitaire. »

FIN DE DISCOURS

ADI- 16H24 GMT- 2 SEPTEMBRE 2002

 

source : www.adi.dj